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Histoire du PRG
LES GRANDS ANCÊTRES (1789-1870)
CONDORCET (1743-1794)
A la fois philosophe des lumières et révolutionnaire, synthèse tragique de
la pensée et de l'action (l'échafaud était au bout), Condorcet compte parmi les
" grands hommes " des radicaux qui n'ont pas hésité, rétrospectivement, à en
faire le premier d'entre eux. Condorcet mérite à double titre l'admiration des
radicaux. Pour sa remarquable Esquisse de l'histoire des progrès de l'esprit
humain (1793) d'une part, livre d'optimisme d'où découle la confiance dans la
perfectibilité de l'homme et des sociétés, base de tout réformisme politique.
Pour son projet d'organisation scolaire, d'autre part, mettant en avant le rôle
de l'éducation dans les progrès de l'individu et de la société. Si l'on devait
résumer d'une phrase la pensée de Condorcet, on pourrait dire : confiance
en l'homme tout en le sachant imparfait. C'est là, déjà, presqu'une définition
du radicalisme. Le mot radical, dans son sens politique, est apparu pour la
première fois en Angleterre. C'est là que naquit, en 1776, un " parti radical "
qui se donnait pour but de réaliser des réformes profondes, à l'aide de
l'instauration du suffrage universel. Le mot fut repris en France sous la
restauration par les royalistes ultras pour désigner tout réformateur qu'ils ne
pouvaient bien sûr imaginer autrement que "radical". Tombé dans l'oubli, il
réapparaît en 1835 sous la Monarchie de Juillet. Les lois sur la presse
(septembre 1835) ayant interdit l'usage du mot "républicain", il fit alors
usage de vocable de substitution.
LEDRU-ROLLIN (1807-1874)
Le premier homme politique à se revendiquer ouvertement du terme radical fut
Ledru-Rollin. Député d'opposition sous la monarchie de juillet, révolutionnaire
en 1848, exilé en Angleterre à partir de 1849, Ledru-Rollin ajouta un " plus "
à la pensée de Condorcet : la démocratie n'étant pas pour lui une fin en
soi, mais un moyen de promouvoir les réformes sociales. Pour lui, la question
sociale, c'est à dire le paupérisme croissant des prolétaires des villes, à
mesure que se développait la révolution industrielle, devait être affronté à
bras le corps. Il demandait : - la nationalisation des mines et chemins de
fer - une réforme fiscale dans le sens d'une plus juste répartition de la
charge de l'impôt - l'instruction gratuite et obligatoire - la liberté
d'association Une différence essentielle opposait cependant le radicalisme de
Ledru-Rollin au communisme qui se développait alors, notamment autour d'Etienne
Cabet : la question de la propriété. Pour Ledru-Rollin, la propriété ne
devait pas disparaître, mais s'étendre à tous. Il rêvait d'une société de
petits propriétaires indépendants, rêve qui avait déjà été celui des
sans-culottes de la révolution, et qui resta celui des radicaux jusque dans les
années 50.
GAMBETTA (1838-1882)
Le véritable chef du radicalisme était alors Gambetta. Tribun magnifique,
orateur chaleureux, Gambetta, à l'occasion des élections de 1869, fit connaître
son Programme de Belleville. Ce dernier devait rapidement devenir mythique et
la bible des radicaux pendant près de 50 ans. A côté des libertés
fondamentales, Gambetta y demandait : - l'école gratuite, laïque et
obligatoire - l'abolition des monopoles économiques Affirmant que " la forme
l'emporte et résout le fond ", il accordait un rôle essentiel à la forme
républicaine des institutions et au suffrage universel pour la réalisation des
réformes sociales dont avaient tant besoin les classes laborieuses.
LE RADICALISME HEROÏQUE (1870-1970)
4 septembre 1970 : l'empereur ayant été vaincu et fait prisonnier à
Sedan par les armées prussiennes, la République fut proclamée. Puis, ce fut la
Commune de Paris au printemps 1871. Les radicaux étaient, globalement, dans le
tiers parti, celui qui tenta d'arrêter la guerre civile, et que les Versaillais
assimilèrent souvent aux communards. Aux lendemains de la Commune, la
république était menacée, la droite monarchique, majoritaire à l'Assemblée
Nationale, rêvant d'une restauration. Ce n'est qu'en 1879 que le danger fut
repoussé. C'est alors que les républicains, jusqu'alors unis, se scindèrent en
deux tendances : les opportunistes et les radicaux. Opportunistes et
Radicaux Les premiers, autour de Gambetta (devenu modéré) et de Jules Ferry
(dont une fausse légende veut qu'il ait été radical), proposaient d'attendre le
moment opportun -c'est à dire jamais disaient d'aucuns- pour réaliser le
programme de Belleville. Pour les radicaux regroupés autour de Georges
Clémenceau (1841-1929) et de Camille Pelletan (1846-1915), il fallait le
réaliser sans attendre. Les opportunistes voyaient volontiers dans les radicaux
une certaine démagogie. C'est pourtant sous la pression des radicaux que Jules
Ferry réalisa sa grande œuvre, déjà demandée en son temps par
Ledru-Rollin : l'école gratuite, laïque et obligatoire. Alors même que
s'affrontaient opportunistes et radicaux, des nuances se faisaient jour parmi
ces derniers. Certains étaient prêts à des compromis pour obtenir des
portefeuilles ministériels (Floquet, Brisson), ce que refusaient les radicaux
intransigeants, plus tard appelés radicaux-socialistes (Clémenceau, Pelletan).
Cette dualité du radicalisme fut durable. C'est elle qui donna naissance à un
radicalisme de droite et à un radicalisme de gauche.
Le solidarisme
Au tournant des XIXème et XXème siècles, les radicaux sentirent le besoin de
préciser leur philosophie politique qui se revendiquait des grands principes
républicains et de l'héritage révolutionnaire. C'est alors que fut formulée par
Léon Bourgeois (1851-1927), puis développée par le sociologue Célestin Bourglé
(1870-1940), la doctrine du solidarisme (le premier publia Solidarité en 1896,
le second Solidarisme en 1913). L'idée de base est que l'homme est redevable à
la société, sans laquelle il ne pourrait vivre. Certains, cependant, reçoivent
davantage de la société qu'ils ne lui apportent, d'autres reçoivent moins
qu'ils n'apportent. Il importe donc de rétablir l'équilibre du contrat social
(Bourgeois préfère parler de "quasi-contrat") en donnant aux créanciers et en
faisant payer les débiteurs. Ce trouvait ainsi justifié tout l'arsenal de ce
que l'on appellera bien plus tard l'Etat providence : impôts sur le
revenu, retraites, assurances sociales, etc. A la lutte des classes marxistes,
le solidarisme préfère opposer la solidarité entre les classes. Au total, le
solidarisme se présente comme un refus du libéralisme et du collectivisme.
"L'individu ne pouvant être sans l'espèce, l'espèce ne pouvant durer que par
l'individu" (Léon Bourgeois). Le parti républicain, radical et
radical-socialiste Au gré de l'affaire Dreyfus qui avait occasionné un réflexe
de défense républicaine dans le pays, les radicaux allaient enfin accéder au
pouvoir et s'identifier un temps à la république elle-même. Mais auparavant, il
leur fallait s'organiser davantage. La naissance du parti républicain, radical
et radical-socialiste en 1901, en une période où se constituaient les grandes
formations politiques de masse, fut une opération d'unification des diverses
tendances du radicalisme, même si la tendance de gauche semblait l'emporter. La
déclaration de clôture lue par Camille Pelletan insistait à l'union à gauche,
la nationalisation des grands monopoles, la séparation de l'église et de
l'Etat, et l'impôt sur le revenu. Ce n'est qu'en 1907, à Nancy, que le parti se
dota d'un programme précis, nettement ancré à gauche. Ancrage à gauche que
confirma le Congrès de Pau en 1913.
COMBES (1835-1921)
Un an après la constitution du parti radical, celui-ci remportait les
élections législatives. Les années 1902-1905 allaient être les grandes heures
du "bloc des gauches", unissant socialistes et radicaux autour de Jaurès, à la
Chambre, et de Combes, à la tête du gouvernement. Le ministère Combes mena la
lutte contre les congrégations religieuses, estimant que la destruction des
chaînes intellectuelles étaient un préalable indispensable à la destruction des
chaînes de travail. Cette période resta longtemps mythique pour les radicaux,
qui y reconnaissent leur âge d'or. Les élections de 1906 furent un nouveau
triomphe radical. Clémenceau accéda à la présidence du Conseil. Jusqu'en 1914,
les radicaux furent quasiment de tous les gouvernements. Radicaux de gauche,
Radicaux de droite Pourtant, leur programme ne fut que bien partiellement
appliqué (virent cependant le jour les retraites ouvrières et l'impôt sur le
revenu défendu par Joseph Caillaux (1863-1944)). C'est que l'anticléricalisme
n'étant plus là pour les réunir, après la séparation de l'église et de l'etat
(1905), radicaux de gauche et radicaux de droite s'opposèrent.
Radicaux de gauche
Pour les premiers, le radicalisme devait rester fidèle aux idéaux qui
avaient fait sa grandeur, même si son électorat n'était plus ouvrier :
"les radicaux-socialistes sont un parti bourgeois qui a l'âme d'un parti du
peuple". Ferdinand Buisson. Radicaux de droite Pour ces derniers, l'action
devait s'aligner sur la sociologie des classes moyennes (petits commerçants,
petits artisans, professions libérales) qui constituait leu électorat, et il
fallait rompre avec les socialistes. La contradiction entre l'idéal de gauche
du radicalisme et sa sociologie parvint à son paroxysme dans l'entre-guerre,
paralysant son activité gouvernementale. Le bilan du radicalisme de cette
période - quant bien même on ait pu parler de république radicale - est
singulier. C'est en ces temps d'indécision et d'affairisme (qu'on songe à
l'affaire Stavisky) que s'est enflée une certaine réputation d'un radicalisme
au centrisme à toute épreuve, expert en manœuvres tactiques pour se maintenir
au pouvoir. On serait ingrat cependant d'oublier les belles et grandes heures
du Cartel des gauches (1924-1926) et du Front populaire (1936-1938) - Front
populaire dont le programme, à la vérité, n'était rien d'autre qu'un programme
radical de gauche, même si le mérite en est trop souvent attribué aux seuls
socialistes et communistes. Ces deux expériences furent de courte durée :
l'une et l'autre étant venue buter sur les contradictions internes et le fameux
"mur d'argent". Deux personnages dominèrent cette période, alternant à la tête
du parti et dans les ministères : les deux Edouard, Herriot (1872-1957) et
Daladier (1884-1970).
Les jeunes Turcs
A l'initiative de quelques jeunes gens brillants et impertinents, de 1927 à
1934, une tentative de modernisation de la pensée radicale, accordant un poids
accru aux questions économiques : le mouvement jeune turc. Là encore, deux
tendances s'y dessinaient, par delà les camaraderies de jeunes gens d'une même
génération décidés à faire bouger les choses : une tendance gauche,
nostalgique des traditions du XIXème siècle, autour de Pierre Mendès France,
Pierre Cot et Jacques Kayser ; une tendance technocratique et centriste,
autour d'Emile Roche ou de Jean Luchaire. LE NEO-RADICALISME ET LES TENTATIVES
DE RENOVATION RADICALE (1945-1994) A la libération, en dépit du comportement
héroïque de certains de ses membres tels Jean Moulin, le radicalisme était
discrédité. L'opinion publique l'assimilait par trop au régime de la IIIème
république finissante, qui n'avait pas su préparer la guerre. On voulait du
renouveau. Pourtant, en quelques années, le radicalisme allait reprendre une
place essentielle sur l'échiquier politique, participant à toutes les
expériences politiques à partir de 1947. Mais le radicalisme d'alors n'était
plus celui de 1936. Il était dans la lignée du néo-radicalisme défini en 1938
par Dalladier, hostile à l'ancrage à gauche du parti. Libéralisme ("debout les
libéraux !" lanca René Mayer en 1949) et anti-communisme furent le nouveau
credo radical, après que les tenants de l'aile gauche, sauf Mendès France,
aient été exclus en 1946. C'est justement Mendès France (1907-1983) qui devait
essayer de ramener le radicalisme vers la gauche, dans une première tentative
de rénovation. Après la chute de son gouvernement, le 5 février 1955 -
gouvernement bientôt devenu mythique, du fait du courage et de la lucidité
politique de son chef, tranchant les problèmes que l'on avait laissé pourrir -
Pierre Mendès France prit la tête du parti radical le 4 mai 1955 (il était en
réalité premier vice-président, Herriot occupant une assez peu radicale
présidence… à vie !). Le radicalisme connu alors un nouveau dynamisme. Une
campagne d'adhésion fut lancée. Une école de cadres fut créée. Au vieux
radicalisme rural du sud-ouest vint ainsi se superposer un radicalisme urbain,
jeune, avec une certaine proportion de femmes et de catholiques de gauche. La
greffe pourtant devait échouer. Une partie des députés radicaux ne suivirent
pas Mendès France dans son refus de la politique de guerre en Algérie de Guy
Mollet. Pierre Mendès France démissionna de la tête du parti le 23 mai 1957.
Une partie des radicaux déçus par le parti devaient contribuer, en 1964,
derrière Charles Hernu, à la constitution de la Convention des Institutions
Républicaines, étape essentielle dans le parcours de François Mitterrand vers
l'Elysée.
JEAN-JACQUES SERVAN-SCHREIBER
Une seconde tentative de rénovation fut menée deux ans plus tard par
Jean-Jacques Servan-Schreiber, secrétaire national du parti en 1969 (sous la
présidence de Maurice Faure), puis président en octobre 1971. En janvier 1970,
Servan Schreiber rédigea avec Michel Albert un Manifeste radical. L'inspiration
en était moderniste et optimiste (on était encore dans les années de croissance
et de plein emploi). Comme au temps de Mendès France, les adhésions se
multiplièrent. On vit coexister de vieux radicaux et de jeunes technocrates ou
managers. On a pu parler du "mariage du cassoulet et de l'ordinateur". Le
contexte institutionnel était alors très différent de celui qu'avait connu
Pierre Mendès France. Au système multipolaire de la IVème république avait
succédé le système bipolaire de la Ve. La voie de l'autonomie était très
difficile pour un radicalisme situé au centre de l'échiquier politique.
Refusant l'alliance communiste prôné par le PS de François Mitterrand,
Jean-Jacques Servan Schreiber chercha l'alliance des centristes. Ce fut
l'éclatement du parti en octobre 1972. Le MRG naquit en janvier 1973, présidé
par Robert Fabre, et comprenant en son sein la plupart des parlementaires
radicaux et des élus du sud-ouest. Le MRG devint la troisième composante de
l'union de la gauche.
DU MRG A PARTI RADICAL DE GAUCHE
En 1977, le MRG s'opposa aux propositions communistes relatives à
l'actualisation du programme commun. Il participa ainsi à la rupture de l'union
de la gauche. En 1981, les radicaux de gauche présentèrent un candidat à la
présidence de la République, Michel Crépeau, puis se rassemblèrent, au second
tour, autour de la candidature de François Mitterrand. En mai 1981, Michel
Crépeau entra au gouvernement de Pierre Mauroy, ainsi que François Abadie. Deux
à trois ministres ou secrétaires d'Etat radicaux de gauche participèrent aux
gouvernements successifs de la gauche de 1981 à 1995 : Michel Crépeau,
Roger-Gérard Schwartzenberg, Jean-Michel Baylet, François Doubin, Emile
Zuccarelli, tous anciens présidents du MRG. Ils contribuèrent à la mise en
œuvre des grandes réformes qui firent entrer dans la réalité leurs idéaux
d'humanisme et de solidarité. La tentation de l'autonomie radicale ne disparut
pas après 1981. Elle se manifesta notamment en 1984 (européennes) et 1986
(législatives), sans que le succès soit au rendez-vous. Sous la présidence de
Jean-François Hory, élu en 1993, le MRG - devenu " Radical " - obtint 13
députés aux élections européennes de 1994 avec une liste conduite par Bernard
Tapie. Les députés européens radicaux constituèrent au Parlement européen un
groupe parlementaire sous la présidence de Catherine Lalumière : le groupe
A.R.E. (Alliance Radicale Européenne) qui réunit des élus européens des quatre
coins de l'Europe.
PARTI RADICAL DE GAUCHE
En janvier 1996, les radicaux élisent Jean-Michel Baylet qu'ils reconduisent
à la tête du parti -dénommé alors Parti radical socialiste. A l'issue des
élections législatives de juin 1997, le parti devient la troisième composante
de la majorité plurielle. Forts de leurs 13 députés, les radicaux de gauche
constituent à l'Assemblée nationale un groupe parlementaire, avec le MDC et les
Verts : le groupe RCV (Radical Citoyen et Vert) présidé par Michel
Crépeau, député-maire de La Rochelle. Trois radicaux entrent au gouvernement de
Lionel Jospin : Emile Zuccarelli, ministre de la Fonction Publique, de la
Décentralisation et de la Réforme de l'Etat, Bernard Kouchner, Secrétaire
d'Etat à la Santé, et Jacques Dondoux, Secrétaire d'Etat au Commerce Extérieur.
En janvier 1998, Jean-Michel Baylet est réélu président du Parti Radical de
Gauche. Les élections de mars 1998 voit le PRG doubler son nombre de
conseillers régionaux et généraux. Cinq Conseils généraux sont présidés par des
radicaux de gauche : Lot (Jean Milhau), Haute-Corse (Paul Giacobbi),
Tarn-et-Garonne (Jean-Michel Baylet), Hautes-Pyrénées (François Fortassin) et
Haute-Saône (Marc Roussel). En avril 1999, suite au décès de Michel Crépeau,
Roger-Gérard Schwartzenberg, député du Val-de-Marne, le succède à la tête du
groupe RCV à l'Assemblée Nationale. Lors des élections européennes de juin
1999, Catherine Lalumière et Michel Dary sont réélus députés européens. Le 26
mars 2000, Jean-Michel Baylet est reconduit à la tête du PRG lors du Congrès du
parti. Le lendemain, Roger-Gérard Schwartzenberg est nommé Ministre de La
Recherche. Bernard Charles lui succède à la tête du groupe RCV à l'Assemblée
Nationale