LE MONDE | 22.07.08 | 13h23 - A Versailles, un cri fuse dans les couloirs du Congrès : "Lang, où est Lang ?"
Par Fabrice GIRAUDI le mercredi 23 juillet 2008, 23:39 - PRG National - Lien permanent
A Versailles, un cri fuse dans les couloirs du Congrès : "Lang, où est Lang ?"
Où est LA voix ? "Elle est là !", s'exclament, furieux, plusieurs députés socialistes, en appuyant pouce et index sur leur gorge. En travers, coincée. Un cri fuse dans les couloirs du Congrès. "Lang, où est Lang ?"
Il est 18 h 30, lundi 21 juillet. A une voix de plus que la majorité requise, la réforme de la Constitution vient d'être adoptée mais les mines sont graves. Cette voix est à la fois trop courte et trop envahissante.
Le premier ministre, François Fillon, s'éclipse aussitôt en marchant douloureusement jusqu'à sa voiture. Les élus de la majorité s'ébrouent sans triomphe, même si, comme le souligne l'ancien premier ministre et sénateur (UMP) de la Vienne, Jean-Pierre Raffarin, "en politique, une voix est une victoire". Il ajoute, un ton plus bas : "Le score est très étroit. Notre effort de conviction a été tout juste à la hauteur." En arrivant à Versailles, quelques heures plus tôt, il se montrait pourtant confiant, comme la plupart des responsables de la majorité. "Entre plus quatre et plus dix" était le pronostic le plus répandu dans les couloirs, tant à droite qu'à gauche. "Tout cela est un faux suspense, disait François Hollande, premier secrétaire du PS. Dès lors qu'il y a eu des tractations avec les radicaux de gauche, des menaces ici, des promesses ailleurs, le résultat ne fait plus aucun doute."
FÉAL OU FÉLON
Dans l'hémicycle, une fois passé le discours du premier ministre, on n'écoute déjà plus que d'une oreille distraite les orateurs de chaque groupe parlementaire. Il n'y a guère que l'annonce de l'intervention du président du PRG et sénateur Jean-Michel Baylet, promu - c'est selon - féal ou félon, pour animer les bancs. Applaudissements nourris de la droite lorsqu'il annonce que son groupe votera "oui" à la réforme, sifflets et railleries de la gauche lorsqu'il affirme que "les radicaux s'opposent sans réserve à la politique du gouvernement".
A droite, les récalcitrants rentrés dans le rang profitent eux aussi de leur provisoire notoriété. Georges Tron (UMP, Essonne) fond sur tout ce qui porte micro, stylo ou caméra pour expliquer qu'il vote "pour, pour, pour" parce qu'il a le sens de sa "responsabilité politique" et qu'il ne veut pas "planter (son) camp". Il est très content de sa formule : "Je vais voter oui en pensant non parce qu'il y a des socialistes qui vont voter non en pensant oui" et glisse d'un air pénétré qu'il a "vu en tête à tête, l'un après l'autre", le premier ministre et le président de la République.
Hervé Mariton (UMP, Drôme) ne se fait pas prier non plus pour indiquer qu'il s'est entretenu "deux fois" avec Nicolas Sarkozy. Mais ce sont ses électeurs, "qui ont pourtant une grande tolérance pour mon originalité", précise-t-il, qui lui ont fait comprendre que "ce n'était ni le moment ni le sujet d'une dissidence".
Autre fils prodigue de la majorité, Bernard Debré (UMP, Paris) entre par un côté de l'hémicycle, avance jusqu'à la ministre de la justice, Rachida Dati, garde ostensiblement sa main dans la sienne jusqu'à ce que l'image soit dans la boîte, sourit puis sort par le côté opposé.
Le scrutin est à peine ouvert que les parlementaires font déjà la queue devant les deux galeries où sont installés les bureaux de vote. Tandis que chacun épie par-dessus l'épaule de l'autre le bulletin qu'il choisit, les enchères grimpent.
"Vous en êtes à combien ? Plus dix ou plus douze ?", s'enquiert d'un ton léger un député de la majorité auprès de la conseillère de Nicolas Sarkozy, Emmanuelle Mignon, qui circule d'un bureau de vote à l'autre. Elle le rabroue vivement : "Attention, tout cela reste très serré."
Quelques minutes plus tard, l'annonce du résultat par le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, lui donne raison. Personne ne prête attention aux écrans de télévision qui diffusent les images de Rachida Dati, apposant le sceau sur la loi qui modifie la Ve République.
Les socialistes sont les derniers à s'attarder dans les couloirs. A leur gauche, Julien Dray tonne : "Jack Lang - cet "individu", dit-il - porte une lourde responsabilité". A leur droite, Manuel Valls n'avait pas caché qu'il suivait "à regret" la consigne de vote du parti. Il soupire : "Et voilà les apparatchiks du parti qui commencent à demander des têtes !"
Pascale Robert-Diard Article paru dans l'édition du 23.07.08