M. Tapie : "J'ai rapporté beaucoup plus d'argent au
contribuable que je ne lui en ai coûté "
En obtenant 285 millions d'euros d'un tribunal arbitral chargé de régler le
litige qui l'opposait au crédit Lyonnais, Bernard Tapie a déclenché une
nouvelle polémique. François Bayrou a demandé la création d'une commission
d'enquête, les socialistes s'interrogent. La commission des finances de
l'Assemblée nationale procédera à des audtions à la rentrée. L'ancien homme
d'affaires répond à ses détracteurs.
Pourquoi ce choix de l'arbitrage par rapport à la voie judiciaire ?
Quand les liquidateurs et le CDR ont décidé de recourir à un arbitrage, pas
une voix ne s'est élevée pour protester contre cette procédure. Parce que nous
avons choisi un arbitrage en droit et pas en équité. Ça signifie qu'on s'appuie
sur le droit et sur la décision de la Cour de cassation.
Aujourd'hui, tout le monde cite l'arrêt de la cour d'appel de Paris
qui, en 2005, avait accordé 135 mi... pour regretter la sentence de
l'arbitrage.
Mais qui sont les imbéciles qui, à l'époque, ont fait le siège du ministre
des finances Thierry
Breton pour aller coûte que coûte en cassation ? Qui sont les députés
qui réclamaient à cor et à cri une cassation ? D'autant que le résultat de
la cour d'appel n'était que partiel et qu'au final, l'addition aurait été plus
forte.
Il a suffi que l'arbitrage me soit favorable pour que, d'un seul coup, on
trouve que c'était une très mauvaise idée. La vérité, c'est que je n'ai pas le
droit de gagner. Quelle que soit la procédure, quel que soit le tribunal, quel
que soit le sujet, si je gagne, c'est forcément suspect pour certains.
On met en avant votre proximité avec Nicolas Sarkozy…
Je n'appartiens à aucun de ses cercles privilégiés. Je ne fais pas partie de
ses proches. Si ça vient un jour, j'en serais très fier. C'est vrai que pendant
la campagne, je me suis manifesté le plus fort que j'ai pu en sa faveur. Et
quand j'entends aujourd'hui parler Ségolène Royal, je ne regrette pas mon
choix.
Mais je suis libre par rapport à Nicolas Sarkozy. Je vous rappelle que ma
dette fiscale de 30 millinos d'euros, c'est au Sarkozy, ministre du budget de
1986 que je la dois ! En outre, j'ai toujours dit que s'il avait été
opposé à Dominique Strauss-Kahn, j'aurais sûrement choisi Strauss-Kahn.
L'arbitrage implique la confidentialité alors que cette affaire concerne les
contribuables. N'est-ce pas choquant ?
Ça veut dire quoi ? Que confidentialité égale manœuvre ? Vous
connaissez la réputation des trois arbitres choisis par les deux parties ?
Pierre Mazeaud, sur lequel le PS et le MoDem ne tarissaient pas d'éloges il y a
peu pour son indépendance par rapport à Sarkozy sur la loi sur l'immigration
choisie. Jean-Denis Bredin, dont jamais quiconque n'a osé mettre en doute
l'intégrité, Pierre Estoup, un magistrat respecté de tous. Et vous pouvez
imaginer une seconde que l'une ou l'autre de ces personnalités se fasse dicter
ce qu'elle doit faire !
J'attends avec bonheur les auditions annoncées de la commission des finances
parce que, à cette occasion, on va rendre publique la sentence. Et à ce
moment-là, on s'apercevra que l'ancien président de la banque est le premier
visé. Et chacun aura la confirmation qu'il me restera moins de 20 % que ce que
la banque a gagné sur cette affaire et qu'au total, j'ai rapporté beaucoup plus
d'argent au contribuable que je ne lui en ai coûté.
François Bayrou est très sévère à votre égard.
Bayrou, la seule chose qu'il sait faire, c'est répéter qu'il est un martyr,
que les médias et les puissances d'argent ne l'aiment pas, que tout le monde
est à mettre dans le même sac et qu'il se battra seul contre tous. C'est la
même posture populiste que Le Pen, sans les idées. Du Le Pen propre.
Quelles relations avez-vous conservé avec les radicaux de gauche, très
sollicités par Nicolas Sarkozy ?
Les radicaux de gauche, pour moi, c'est une autre planète ! Je me
contrefiche de tout ce qu'ils peuvent faire.
Et avec le PS ?
J'y ai gardé quelques vrais amis. Mais dès qu'ils sont dans la logique de
leur appareil, ce sont des tueurs.
Reviendrez- vous en politique ?
Pour rien au monde je me représenterai à une élection. Ni locale, ni
nationale, ni européenne ! Ça ne m'intéresse plus du tout. La politique,
j'en ai fait le tour.
Propos recueillis par Pascale Robert-Diard